Mission de l’équipe de bénévoles COSOANJA – Octobre/Novembre 2018 : Le Docteur Claire MESTRE nous livre ses observations

Claire Mestre, médecin-psychiatre et anthropologue, aux multiples compétences et engagements, nous a apporté son expertise et son soutien dans notre petit périple entre Ambohidratrimo, Anjanamasina et Ankazobe. À la rencontre de l’équipe médicale et des soignants qui accompagnent les malades mentaux et convalescents de l’Hôpital Psychiatrique.
Elle nous livre ses impressions et son regard sur la situation de cette structure et de son environnement, dont l’avenir est plus que jamais dépendant du contexte socio-politique et des projets gouvernementaux peu lisibles au moment de notre visite…

 

Quelques éléments partagés lors d’une réunion le 01/11/2018

Ankazobe était autrefois le lieu des exclus, des prisonniers évadés et des 4 MI. C’est une ville frontière entre deux régions : celle de Tana et celle de Majunga, d’où la difficulté de la contrôler.
Le lieu proposé par Victor est loin. Les malades risque d’être perdus, loin du village le plus proche et de plus, vont ils être acceptés ? Ankazobe est à 1h30 de marche.
Impression qu’il n’y a pas de terrain prévu. Victor est sur les terres de sa femme, et il lui faudra négocier pour avoir un terrain. Drina, qui nous a accueillis, est le mari de la grande sœur de sa femme. Les deux hommes ont eu l’air de bien s’entendre, mais les deux n’ont pas d’autorité sur les lieux. De plus c’est un lieu sec, l’eau y est rare.
En conséquence, Victor, qui a l’air d’être sincère est utopique, on ne comprend pas bien les enjeux qu’il y a autour d’un « centre ».

Conversation surprise entre Rondro et Victor : « Montre lui un terrain, tu prendras l’argent et tu garderas ensuite ». Conversation ambiguë… Les Malgaches devant les étrangers : veulent ils leur faire plaisir à tout prix, ou bien y a t il autre chose que l’on ne saisit pas ?

Sentiment que le Dr. Lanto ne veut pas d’une unité de chroniques dans un hôpital.

Aller voir du côté de St Jean de Dieu, à 30 km de Tana ? C’est une institution créée dans un endroit superbe, Jacqueline l’a vue. Il n’y avait pas de projet particulier, mais il y avait un potager à l’arrière.
A visiter.

 

Entretien avec le Dr Lanto, le 31/10/2018 dans son bureau à Anjanamasina

Le Dr. Lanto est intervenu auprès du ministère (lequel ?) pour que l’US7 soit épargné (au moment de la vente du terrain aux Chinois je suppose, en 2005 ?)
On ne sait pas quelle va être la suite des travaux réalisés par les Chinois.
Le titre du terrain appartient à l’État, mais il est utilisé par le Ministère de la santé publique.
Lanto parle de « dilemme ».
L’aménagement du territoire a fait un projet de nouvelle ville avec les Chinois, sur les terrains remblayés. Le maire d’Ambihodratrimo, M. Clovis Arthur, a travaillé avec eux. Dans cet aménagement il y a un grand boulevard, une autoroute qui va relier la digue à la route de Majunga. Elle passe derrière l’hôpital psychiatrique.

Quel avenir pour l’US7 ?
A l’intérieur de l’hôpital ?
Le Dr. Lanto parle d’emblée d’une « ferme thérapeutique » en autosuffisance gérée par une association. Mais pas au sein de l’hôpital…
On évoque l’hôpital de St Jean de Dieu centre de santé mentale à Imeritsiatosika, à 30 km de là. Ce centre fonctionne bien, mais c’est une clinique privée.

Historique de l’hôpital
Il y eut d’abord un asile d’aliéné à Itosy (commune de Tana) en 1905. Les malades fuguaient. L’asile d’aliéné fut transféré à Ambohidratrimo.
En 1958 : changement de nom, hôpital psychiatrique. Les administrateurs découvrent que les aliénés sont abandonnés par les familles. Est créé le centre de convalescence pour les malades stabilisés et sans famille.
Il y a alors des rizières sur une dizaine d’hectares, il est décidé de leur apprendre la riziculture. Sont construits deux bâtiments pouvant abriter une cinquantaine d’aliénés chacun. Ils sont enterrés sur la colline.
En 2006, quand le Dr. Lanto est arrivé, il en restait une trentaine. L’association Miverena s’en est occupé. Il y a eu une subvention du Ministère jusqu’en 2011-2012.
2009 : crise à Madagascar prolongée jusqu’en 2010.
2011 : État en difficulté. « transition », plus rien (pour Miverena ?)
2013-14 : projet chinois.
7 patients stabilisés et abandonnés sont encore à l’hôpital.

Les familles ont été contactées, elles habitent le plus souvent dans les alentours. Pour 2 elles sont loin : à Ambantodrazaka pour Justin, Olivier est de Diégo ou Ambanja (?)

La pharmacie donne 6% des recettes des Fonds d’équité pour les plus pauvres.

Dans l’hôpital il y a 4 US de 25 malades chacune, 3 sont « non payantes », coût de 500 Ar par jour pour les familles. Une est payante 3000 Ar par jour.

Le ministère de la santé a demandé un projet à Lanto pour « moderniser » l’hôpital. Il n’a pas rendu le projet à temps pour cette année.

Il a envie de « baies vitrées comme en France », de beaux jardins. Les bailleurs préfèrent faire de nouvelles constructions plutôt que de la réhabilitation.
Il faut attendre que les élections soient passées et présenter un projet aux ambassades de Chine, du Japon. Dans ce projet il n’y a pas de place pour la « ferme thérapeutique ».

En 2008, Marc Ravolomanana voulait raser l’hôpital psychiatrique pour un hôpital qui a finalement été construit plus loin. Le Dr. Lanto a essayé de négocier pour que le nouvel hôpital intègre un service de psychiatrie.

Actions récentes de Lanto
Formation des médecins de base en psychiatrie (RTM, ONG italienne, et le ministère de la santé italien) grâce aux Italiens et Sanofy.

Santé mentale : Contribution du Ministère Italien des Affaires Etrangères


Le but est de désengorger l’hôpital psy.
Le Dr. Lanto est le médecin responsable de deux régions Ambositra et Manakara. 90 médecins ont été formés et des services de psychiatrie ont été installés dans les CHR.

Questions sur les archives
Association Anta a de vieilles photos de Tana.
Pas d’archives administratives à Mada, parties en France. Des archives médicales à l’hôpital, mais dans quel état ?

Voir les archives nationales à Tsaralana, L’académie malgache.

Pour l’US7, que faut il ?
Un habitat humain : lits, matelas, douches, wc. Il faut attendre que la politique soit stable.
Le Dr. Lanto insiste sur la sécurité (mais de quoi, de qui ?)
À court terme : approvisionnement de Mirevena, à moyen et long terme : disparition de l’US7.

Victor, en qui le Dr. Lanto a toute confiance (et qui est resté très silencieux pendant tout l’entretien), a une idée pour le village d’Ankazobe. Il y a trois encadrants à l’U7 : René, Vohangy, Victor.

Les besoins immédiats concernent un jardin.
Que peut donner l’hôpital ?

Échanges entre Victor, le Dr. Lanto et Jacqueline sur les besoins : lits à réhabiliter, matelas, besoins de nécessité de base : café, sucre, savon, lessive…

 

Interview de M. Victor, major, le 31/10/2018

Question : M. Victor n’est pas convaincu du discours de Lanto ; il est d’accord que ce dernier ne veut pas vraiment s’occuper de l’US7.

 

Entretien avec Victor, dans son bureau à l’U7, puis patients

L’administration ne veut rien faire. Lui ne veut pas resté « les bras croisés ».
Il n’est pas convaincu de « leurs » excuses. Le service est menacé, « on ne laisse pas les choses comme ça ».
Il propose un élevage de poules, il y a assez d’espace pour faire quelque chose. On peut faire du stockage. Pour remettre en état : clôturer le lieu. L’hôpital ne voudra rien donner.

Les malades :
Justin, s’il veut repartir chez lui, il faudrait payer son retour 60 000 Ar.
Parle d’une malade Olida (?), refusée par sa famille, elle a été au centre Voko, qui font de la rééducation des enfants jusqu’à 26 ans (?). Son enfant a 14 ans et elle est là depuis plus de 20 ans.

Carrière de Victor
Il travaille à l’hôpital depuis 2008 à l’U7, il lui faut continuer jusqu’au 28/05/2020. Il a été formé par le père de Lanto. Ensuite il veut s’occuper d’Ankazobe. Il a une fille qui travaille en paramédical.
Il travaille depuis le 15/01/1982 comme infirmer.
Il a été instituteur en 1976. En 78, élève infirmier, il étudie la psychologie de l’enfant.
De 82 à 85 il est à Tamatave, et devient major en avril 85.
Il passe à Anjanamasina pou de 1990 à 2000 il est à Fianarantso et revient à Anjanamasina en 2000.

Quelques éléments sur les patients :

Rakotobe Noël :
56 ans, fils de pasteur (FJKM), issue d’une famille nombreuse, de 9 enfants.
Le 7ème « Surmenage » en 82. Il n’a donc pas pu continuer ses études, il était en enseignement général, l’année de son bac.
A l’époque peu de gens avaient le bac. Du BEPC jusqu’en 2nde, il restait à la maison dormir et manger. Il a « beaucoup étudié ».
En 85, 89, 99 il faut des « crises » et reste un mois en hôpital, en 99, il est « enfermé » et est en convalescence en 2000.
Quand il fait une crise, il s’effondre, il dort, il ne crie pas. Il entend des cris dans son « cerveau » qui le gêne.
Fait une bouffée délirant aiguë en 2003.
Deux frères pasteurs veillent sur lui, leurs enfants ont l’âge de Noël.
Diagnostic de « Schizophrénie »
Son père était un ami du Dr Nour (?), il lui a demandé de le garder.
Il est célibataire.
Stable. « Un peu de délire imaginatif », il dit « Va-t-en toi ! »
Prend du chlorpromazine 100 mg. Il a un syndrome parkinsonien.
Avant, soigné par des soins religieux au toby.

Des malades, Victor dit : « Ils sont heureux, ils ont le ventre plein, qu’ils cultivent ou non.

Olivier :
Né à Tananarive ? à Tuléar ? est allé à Tamatave, à St Marie, à Majunga. Né en 1976 à Brickaville
Charles et Janine sont son père et sa mère, il a une grande sœur.
En 1994, il était en boîte du nuit, il était avec une prostituée qui est tombée enceinte. Elle était créole et déjà mariée. Ils étaient marchands ambulants, ils ont voyagé dans le pays en province. Ils ont laissé les deux enfants.
Il fume des cigares et il chique.
Sa mère est alcoolique et le père est boucher, il a quitté « la maman ».
Il a un enfant, le « truc » ça marche, mais pas d’enfant.
Il s’est fait tatouer en 1976 dans un quartier de Tana pour ressembler à ses amis.

Justin :
Il est d’Ambatodrazaka, né le 20 juin 1961.
Il est arrivé le 01/01/1982 à Anjanamasina. Sa famille l’a déposé ici et n’est jamais revenue. Il ne sait pas « où est sa ville ». On lui a dit qu’il allait visiter de la famille et on l’a laissé dans le centre. Il a deux grandes sœurs (mariées), et deux petits frères.
Ne se rappelle de rien.
Pour Victor, « il soliloque », « va-t-en ! »
Il est fatigué, il fait tout le boulot. Tout le monde doit s’entraider. Il n’a pas été à l’école, et n’a pas fait son service national, il restait à la maison. Il allait dans les bals, les circoncisions, les retournements de morts, aux matchs de foot. Il gardait le village, et les champs de riz à Anjanamasina.
Sa mère venait lui rendre visite, plus maintenant.
« Afa, afa ». (conclusion)

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